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4ème cérémonie – L’invitation à la douceur – La quatrième cérémonie est orchestrée par une femme chamane « Mama Ana ». J’ai le ressenti que cette cérémonie sera empreinte de douceur, de sensibilité et d’amour. Après la dernière cérémonie, j’ai quelques appréhensions. Des images de la veille me hantent encore, mon corps se souvient de cette peur viscérale qu’il a dû gérer. J’émets vraiment l’intention d’intégrer la séance de la veille et d’accueillir en moi les énergies féminines dont j’ai besoin. Mama Ana est accompagnée de deux musiciens italiens d’une trentaine d’années. Elle nous demande de ne sortir en aucun cas de la maloca. Pour elle, seul cet espace est protégé et qu’à l’extérieur, nous pourrions faire de mauvaises rencontres subtiles. Cette avertissement pose le décor. Mon cœur s’emballe avant la prise du breuvage. Je respire à fond et me convainc que c’est à moi de diriger la cérémonie. SI je veux de la douceur, j’aurai de la douceur. Lorsque la séance est déclarée ouverte, nous nous levons les uns après les autres pour accueillir une nouvelle fois la Madre en nous. Cet esprit végétal vivant qui une fois ingéré prend le contrôle de notre être. Mama Ana nous propose le breuvage dans un mini verre à shot. La quantité semble vraiment ridicule par rapport aux verres entiers pris dans les précédentes cérémonies. Je le bois cul sec sans réfléchir comme les teq paf’ de mes soirées étudiantes il y a vingt ans. Sauf que le goût est vraiment très prononcé cette fois ci. Une amertume s’accroche dans la bouche. L’un des musiciens me tend un verre d’eau pour diluer ce dégoût qui pointe son nez. Je pars m’asseoir et attends. Au bout d’une trentaine de minutes, peut être une heure, je me sens emmaillotée dans une bulle d’amour et de douceur qui m’oblige à m’allonger et à m’installer en position fœtale. Comme dans une matrice. Comme dans la matrice de ma mère. Je sens le cœur de la terre battre en fusion avec mon propre cœur. Je sens la respiration des pierres, des végétaux, des animaux. Je fais un avec la terre. J’accueille toute cette vie en moi, je sens mon corps qui s’ouvre à toute cette vie, j’ai l’impression que ma vie et la vie de tous ces élémentaux sont étroitement liées. Les musiciens commencent à jouer. Et je vois toutes ces notes de musique en couleurs sur une partition qui vogue dans le subtil. Des couleurs extrêmement lumineuses qui entrent dans mon corps qui goûte à ses ondes vibratoires avec délice. Pas de mots de la Madre, simplement un ressenti corporel et émotionnel intense. Elle me montre que je fais partie du tout, elle me le fait ressentir pour cela s’intègre définitivement dans mes cellules et que cela ne soit plus un simple concept intellectuel. Mama Ana propose à ceux qui le souhaitent un soin énergétique. Je laisse passer quelques personnes avant moi et je tente l’expérience. Ce soin poursuit le travail initié par la Madre. Un repositionnement de ma féminité avec des énergies de pardon très présentes, notamment vis à vis de mon ex ami que j’ai quitté un mois avant mon départ en Colombie. Ce soin terminé, le process semble également avoir pris fin. Je m’allonge sur le matelas et m’endort jusqu’au lendemain matin.

5ème cérémonie – L’art des mots – 5ème cérémonie – L’art des mots – je peux dire que c’est la cérémonie qui m’a le plus marquée au niveau de son intensité révélatrice – et pourtant, celle de la terreur a eu son lot d’intensité – et de sa précision. Une fois n’est pas coutume, nous sommes reçus pour cette nouvelle cérémonie chez un chamane colombien qui habite à environ une demi-heure de notre éco-auberge. En plus de notre déplacement, cette cérémonie a lieu en pleine journée. Nous nous levons à l’aube pour être chez lui à 7h du matin. Son nom est Maurizio, il est âgé de seulement 37 ans et travaille avec la plante depuis plus de 20 ans. Il ne mélange pas l’ayahuasca avec la chacruna, mais la prépare pure sans d’autres plantes. Ce qui fait de son breuvage une spécificité quand on sait qu’a priori, la chacruna serait ajoutée à l’ayahuasca pour ses effets psychédéliques. Ce que j’en comprends c’est que nous n’allons avoir aucune vision avec de son breuvage. Avant d’ouvrir la séance, Maurizio nous explique qu’avec sa préparation, nous irons dans une profonde introspection. C’est l’apport particulier de l’ayahuasca pure. Être soi avec soi et pour soi. Il nous demande de préciser si nous sommes sensibles ou pas à l’ayahuasca pour mesurer la dose qu’il va nous donner. Pour ma part, je ne sais pas du tout si je suis sensible ou pas. Je décide de prendre une dose normale. Son breuvage est vraiment infect. Le pire que j’ai jusqu’à présent bu. D’une texture très épaisse, d’un goût de goudron, et d’une couleur noirâtre qui colore nos dents. Sa dose n’est pas le mini verre de shot de Mama Ana. C’est un bol entier que je ne peux pas boire cul sec. Je passe la quatrième devant Maurizio pour recevoir la Madre en moi. Chaque personne devant moi fait une grimace de dégoût à chaque gorgée qu’elle prend. J’essaie de ne pas me laisser influencer par leur état pour éviter d’avoir envie de vomir avant même d’avoir pu l’ingérer. A mon tour. Maurizio fait une prière dont les mots sont en résumé que la plante puisse me montrer le chemin de ma vérité et de ma lumière et que je puisse être protégée pendant cette cérémonie. Je prends le bol que Maurizio me tend, je remercie la plante sans émettre d’intention particulière – estimant que la prière de Maurizio suffisait amplement – et je bois le breuvage, gorgée après gorgée en tentant de faire abstraction de son goût perturbant pour les papilles. Je prends un grand verre d’eau après et je prends place dans la maloca. Chez Maurizio, les matelas étaient surélevés sur une sorte de plateforme en bois. Je m’installe à l’extrémité pour ne pas être coincée entre deux autres personnes. Les effets arrivent très rapidement par une phrase qui résonne dans ma tête et qui me frappe : « Tu es une artiste ». Cette phrase est prononcée une bonne dizaine de fois avant que je ne la reprenne en changeant le « Tu » en « Je » et je sens qu’au moment où je répète cette phrase « Je suis une artiste », chaque mot vient pénétrer toutes mes cellules comme une mise à jour en cours de téléchargement. Cette phrase sonne le début de mon aventure cérémoniale. La Madre continue en me disant, à travers les mots, tu guéris les cœurs. A travers les mots tu guéris les cœurs. Elle me le répète des dizaines de fois jusqu’à ce que j’approprie ces vérités. Chaque mot vient dépecer mes résistances. A travers les mots, je guéris les cœurs. J’accepte. Je suis une artiste des mots. L’art des mots. Un mot tisse une toile … Un mot après l’autre. Pour révéler la vérité du cœur. L’art d’écrire. Écrire. Écrire c est exprimer, sortir le cri du coeur. Écrire. Sortir le cri du coeur. C’est tellement beau ce que je ressens. Tellement vrai. Tellement ma vérité. Puis elle me montre comment cueillir le mot pour guérir. Juste le voir, se laisser apprivoiser par le mot, car le mot est vivant. Il n’est pas là par hasard. Pourquoi lui et pas un autre. Ne pas le dire tout de suite. Lui laisser la possibilité de se dévoiler et d’être rassuré. Et lorsque j’ai vu le mot, que je l’ai apprivoisé, que je l’ai cueilli comme une jolie fleur, que je l’ai pris délicatement dans mes mains, je peux l’exprimer. Le sortir. Le dire. Ne plus le taire. Le dire. Comme une fléchette que je lance dans le cœur. Le mot est la fléchette. Une fois qu’il est exprimé, il vient percer l’abcès. Percer la douleur et guérir. C’est un acte chirurgical. Guérir et détruire. Détruire et guérir. Les deux à la fois. Pas l’un ou l’autre. Les deux à la fois. Vivre et mourir. Pas l’un ou l’autre. Les deux à la fois. Dire et se taire. Les gens se noient dans les mots car ils ont peur. Les mots les rassurent. Mais ils ne vont pas à l’essentiel. Au cœur. Je guéris les cœurs grâce aux mots. Un mot délicatement choisi. Cueilli. J’ai l’art des mots. C’est une révélation pour moi. Pas une découverte car je le savais déjà au fond de moi. D’ailleurs la plante me montre que mon chemin a été animé par cette essence. Maintenant je le vois. Je le sais. Je sais que je sais. C’est tellement évident. Je sens enfin mon cœur vibrer. Reste chez toi, ne cesse de me répéter la Madre. Reste chez toi. En montrant mon cœur … Je reste chez moi. Cet endroit est mon univers, celui où je suis à tout moment en sécurité. Où je suis à l’écoute de moi-même. Où j’ai les clés. Je reste chez moi. Ne pas me disperser. Autour de moi, ça piaille. Ça jacasse. Les autres sont aussi dans leur process mais ils sont bruyants. Ils meublent leur insécurité par les mots. Mais ce n’est pas ça l’art des mots. L’art des mots, c’est savoir choisir le bon mot au moment approprié. Savoir se taire et savoir parler. Les deux à la fois. Et derrière un mot se cache un autre mot. Derrière le mot choisir, se cache le mot chuuuuuttttt… Car choisir c’est renoncer. C’est taire quelque chose et accueillir autre chose. C’est tomber dans le plaisir. Et derrière le mot chuuuuuut se cache le mot chute. Car choisir, taire quelque chose, c’est accepter de chuter, accepter de se tromper. Elle me montre tout ça. Tous les mots derrière les mots. Elle m enseigne la guérison par les mots. C’est mon maître. Je dois écrire. En écrivant, je guéris le cœur des autres. Je guéris mon cœur et celui des autres. Les deux à la fois. Je prends conscience de mes ressources. Je suis dans la peau d’un serpent. Je ressens son corps onduleux. Sa langue ultra rapide. Son regard perçant jaune. Je vois loin. Je suis ce serpent. J’ai sa force, son regard, je me transforme comme lui mue. J’enlève les vêtements qui me servent de protection du monde extérieur. Impossible d’enlever mon pull. Il m’enferme. Je panique presque mais j’entends : « tout va bien, rien ne presse » et j’arrive à me débarrasser de ce pull étouffant. Je n’ai plus besoin de ça. Je suis en sécurité chez moi à chaque instant. Je deviens une lionne. Je ressens sa puissance. Je suis sa puissance. J’ai en moi cette puissance. Et je devins une araignée, si petite et si grande à la fois. Je tisse une toile. Je sais faire. Je suis cette araignée si petite mais si grande à la fois. Comme le mot « et », si petit et si immense. Ce petit mot qui prend son envol quand on l’utilise. Il réunit. Il fait le lien. Il transforme une phrase. Je suis maintenant un éléphant. Cette force tranquille. Cet ancrage que personne ne peut venir déraciner. Je suis cette force. Cette force est en moi. Je suis forte et faible. Pas l’un ou l’autre. Les deux. Je comprends que nous ne sommes jamais l’un ou l’autre, mais toujours les deux. Les deux réunies se mélangent pour ne faire qu’un. C’est tellement beau. Je suis en boucle dans ma tête. Avec tous ces mots qui défilent. Je les mets sur une toile, je les étire, je les tisse pour en faire un chef d’œuvre. Je suis une artiste. J’en prends enfin conscience. Je l’accepte. Je me reconnais. Je reconnais ma vibration. Je suis bien. Enfin chez moi. Faire les choses à ma façon. Créer mon propre art des mots à ma façon. Vibrer les mots. Les choisir délibérément. A travers les mots, je guéris les cœurs. Voilà ma véritable raison d’être.

Tout semble se calmer une fois que tout cela a été dit et montré. Et pourtant, j’ai une dernière vision complètement différente du travail qui a été fait jusqu’à présent pendant cette cérémonie. Je me vois bébé et abusée. Bébé et abusée. Je ne veux pas y croire, je rejette radicalement cette vision. Et j’entends, « nous avons une dernière cérémonie pour te libérer de cela ».

Nous devons rentrer à l’éco-auberge 8 heures plus tard. Le plus long process jamais vécu.

6ème cérémonie – La libération – Dernière cérémonie de ce périple intérieur. Elle se fait encore avec Maurizio mais cette fois à l’éco-auberge. Nous sommes éreintés de la journée précédente. Et pour ma part, mes yeux sont gonflés depuis la veille comme si je faisais une allergie. Avant cette dernière cérémonie, Maurizio nous propose d’avoir un échange sur ce qui s’est passé la veille car certaines personnes auraient mal vécu leur process. Le breuvage étant complètement différent de ce qui se fait d’ordinaire, les effets le sont aussi. Et surtout ils durent bien plus longtemps. Lors de ce partage, je parle de ma dernière vision lui demandant si tout ce que nous montrait la Madre était vrai ou s’il fallait prendre des pincettes. Il faut savoir que lorsque nous sommes sous effet de l’Ayahuasca, notre mental est éjecté du process. Il n’a plus aucune prise sur ce qui se passe mais ce que j’avais vu me perturbait énormément et j’avais besoin d’avoir son avis sur la question. Maurizio me demande si j’accepte de le voir en aparté, il souhaite me poser quelques questions intimes pour « poser son diagnostic ». J’acquiesce et le suit, accompagnée de Virginie pour la traduction, en dehors de la maloca. Je vois ses yeux. Il a des yeux de loup. C’est un homme est un sage, je l’avais déjà remarqué la veille mais proche de lui, c’en est encore plus flagrant. Il me pose plusieurs questions auxquelles je réponds en essayant d’être la plus honnête possible. Le diagnostic est posé en quelques minutes. C’est très probable que ce soit un traumatisme complètement enfoui qui ressort. il me précise alors que pour cette prochaine cérémonie, il me donnera une dose minimale pour que je puisse, lors de la réparation de ce traumatisme, vivre dans leur intensité, toutes les émotions que la Madre va m’amener à décristalliser. Quelques heures plus tard, la séance est déclarée ouverte. Je bois le breuvage que Maurizio me tend, la moitié d’un bol. Toujours ce goût infecte. Et je laisse faire le reste. Une nausée me prend au bout de quelques minutes seulement. Je ne me sens pas bien. Beaucoup de noirceur autour de moi. Je sens que la Madre veut m’amener dans un coin de ma mémoire mais je vois toutes mes résistances, toutes les barrières que j’avais érigé pour ne pas y accéder. J’ai envie de toutes les déconstruire, mais impossible, elles me protègent. Je pleure, je leur demande de s’effacer ou de me laisser passer pour que je plonge dans les limbes de ma mémoire. C’est tellement éprouvant que je pleure toutes les larmes de mon corps. Je n’y arrive. Je le veux, mais il me semble impossible de traverser de désert intérieur. J’entends la plante qui me rassure et qui me dit que nous allons à notre rythme. Elle me demande de ne pas forcer, d’y aller doucement, d’accueillir ces protections avec amour car elles m’ont permise de me construire jusqu’à aujourd’hui, d’affirmer intérieurement que je n’en ai plus besoin maintenant et que je suis prête à voir la vérité. Virginie vient me voir à un moment, pose sa main sur mon dos et me chuchote que je peux plonger en toute sécurité. J’y vais, je plonge dans l’obscurité de mon être et je vois la plante qui extirpe chaque souvenirs traumatiques les uns après les autres avec ses lianes comme des pièces de puzzle qui reconstitue une partie de mon histoire. Chaque souvenir révélé guérit une partie de moi. Je continue de pleurer mais j’obtiens également des compréhensions de fonctionnement que j’ai eu toute ma vie, notamment avec les hommes. Je vois tout. Je comprends tout. Je guéris. Mes yeux dégonflent petit à petit à chaque vision que j’ai. Mon âme se guérit. Le process s’arrête. Le plus court process que j’ai vécu. Uniquement 5 heures. Je m’installe près du feu. Je remercie la Madre pour toutes ces révélations, ces compréhensions, ces prises de conscience. A 2 heures du matin, j’ai envie de sortir de la maloca et d’aller me coucher dans un lit. Je pars apaisée avec le sentiment que le vide intérieur que je ressens depuis toujours a enfin disparu.

Et maintenant ? Nos accompagnateurs nous ont précisé que la période d’intégration de notre voyage intérieur est d’environ six mois. Je ne pourrais donc vous faire un réel retour sur les changements que j’ai opéré dans ma vie suite à ce voyage initiatique qu’à la fin de l’année. Néanmoins, depuis mon retour, ce que je peux déjà constater est : une confiance en la Vie que je ne connaissais pas. Une direction claire à suivre. Souvent dans mes moments de doutes qui peuvent être encore présents, j’entends « Garde le cap » et cette phrase me réaligne immédiatement sur les aspirations de mon âme qui englobent notamment l’écriture révélée lors de la 5ème cérémonie. Des portes qui s’ouvrent puisque dès mon arrivée j’ai saisi deux opportunités pour faire des stages en librairie pour découvrir ce métier qui me fait fantasmer depuis toute petite. Une alimentation plus saine : je ne peux plus acheter ce qui se vend dans les grandes surfaces, je perçois toute la toxicité de ces aliments industriels et transformés. Je me fournis uniquement chez des maraichers locaux et ne mange que des fruits et légumes. Des nouvelles relations se mettent également sur ma route. Des anciennes qui disparaissent. Je n’ai plus peur de montrer ma vulnérabilité. Une volonté d’être la plus authentique possible. Une plus grande indulgence vis à vis de moi-même. Un amour de soi grandissant. Un mental beaucoup moins omniprésent. Une clarté d’esprit. Un alignement profond avec mon essence. Et un lien avec la nature plus proche, notamment avec les arbres.

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