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L’Ayahuasca et l’appel de la jungle (1ère partie)

Notre maloca de cérémonies

L’Ayahuasca surnommée « la liane de la mort » est une liane que l’on trouve en forêt amazonienne ayant des vertus médicinales thérapeutiques car elle a le pouvoir de nous amener dans les tréfonds de notre subconscient pour dissoudre nos blocages inconscients. Chaque personne qui part à la rencontre de cette médecine sacrée a reçu un appel profond du cœur. C’est la plante qui vient vers nous et non l’inverse. Je ne vais pas faire la promotion de cette thérapie, mais plutôt vous présenter mon expérience initiatique à travers plusieurs articles. Le recours à cette médecine doit être encadré et ne se fait pas à la légère.

L’Ayahuasca est également surnommée « La Madre » (La mère). Je me suis longtemps interrogée sur la signification de ce surnom. J’ai interrogé plusieurs personnes sur la question. Toutes m’ont répondu que la liane avait une énergie féminine très forte et que lorsqu’elle nous prenait dans ses « lianes », nous avions l’impression d’être dans les bras d’une mère. Cette réponse ne m’a pas paru suffisante. Après mon expérience, j’aurai loisir à dire que l’Ayahuasca est surnommée « La Madre » car elle (re)donne la vie, elle offre une (re)naissance à quiconque l’ingère.

MON APPEL – Ma rencontre avec l’Ayahuasca s’est faite progressivement sur un temps assez long. En 2018, alors que je suis au Brésil, une personne me fait découvrir un documentaire « La science sacrée des chamans » de Nick Polizzi (également en livre aux éditions VEGA) dans lequel il explore, avec un groupe de huit personnes gravement malades, les capacités de guérison de la plante, tant d’un point de vue physique, émotionnel que spirituel. A cette époque, je regardais cette plante de loin, non par scepticisme à l’égard de ses pouvoirs de guérison, mais peut-être par résistance à l’idée de traverser en conscience mes démons cachés. J’ai donc poursuivi mon chemin vers une guérison plus « subtile » avec les entités de Abadiania (Brésil) en rencontrant Joao De Deus, puis avec les guérisseurs spirituels philippins (Alex Orbito et Joseph Calano) et enfin par une introspection en Inde dans différents ashram. J’ai compris bien plus tard que je n’étais tout simplement pas prête à prendre mon plein pouvoir remettant celui ci entre les mains de l’invisible. Or, l’Ayahuasca offre la possibilité de reprendre son pouvoir personnel. En 2021, je débute une phase de transition intérieure et de transformation profonde avec l’impression de tourner en rond dans ma matrice personnelle. Je sais que je dois casser des schémas récurrents mais je ne trouve pas la sortie. Alors je continue tant bien que mal à assurer mon quotidien mais avec une sensation persistante de ne plus être à ma place. Je suis alors dans une quête de quelque chose d’indéfinissable qui m’empêche de me sentir vivante. C’est dans cette période charnière que la plante sacrée réapparait. Dans mes rêves dans un premier temps. Elle se présente à moi et me dit que nous allons bientôt nous rencontrer. Je me réveille avec la certitude qu’elle seule peut m’amener là où j’ai besoin d’aller pour déterrer de vieux souvenirs enfouis, me libérer de mes barrières mentales de survie et de protection et me (re)connecter à mon cœur, pas en croyant le faire, mais en le sentant véritablement vibré, pleinement ouvert à la vie. Je ressens également une nécessité vitale de trouver un ancrage solide à la terre. Puis, le temps passe. Je ne fais pas de recherches particulières. Je continue mon train-train quotidien avec beaucoup de hauts et de bas dans mon état d’être intérieur. En juin 2021, je reçois une patiente qui me raconte son « aventure ayahuasca » qu’elle venait tout juste de réaliser en mars en Espagne. C’est juste incroyable pour moi d’entendre son histoire car je venais de rêver de la plante et je ne savais pas du tout comment aller à sa rencontre. J’ai pris immédiatement contact avec l’Association Ananda Retraites pour m’inscrire à l’un de ses week-end Ayahuasca mais aucune date ne me convenait. Je ressens que ce n’est pas encore le moment. Ou peut être tout simplement que mes résistances me jouent des tours. En décembre 2021, mon amie Annabelle m’appelle et me dis : « J’ai rêvé que nous partions en Colombie toutes les deux pour une retraite ayahuasca ! Tu t’inscris au voyage d’Ananda prévu en avril 2022 ? ». Un grand OUI est sorti de ma bouche (ou de mon coeur) alors que je n’avais pas encore vu le post d’Ananda sur le voyage proposé. Le 21 décembre, nous prenons nos billets d’avion et sans le savoir, le grand nettoyage préalable commence.

LE GRAND NETTOYAGE PREALABLE – Je peux vous dire que si j’avais su ce qui allait se passer avant mon départ, je n’aurai peut-être pas signé ! Mais c’est trop tard, la machine est en route. Toutes les choses qui sont superflues ou qui ne sont plus alignées avec mon essence disparaissent définitivement de ma vie les unes après les autres sans que je ne puisse rien faire pour les retenir. Seulement à accepter le vide qui se créé en tentant de surfer sur les vagues de la vie. Un tsunami physique, émotionnel et spirituel emporte tout sur son passage sans aucun répit. Je me sépare de mon ami et je fais un burn-out m’obligeant à alléger considérablement mon activité. Je remets en question des croyances très profondes. Mes fondations s’écroulent les unes après les autres. Mon instinct de survie essaie tant bien que mal de s’agripper à ce qui constitue les bases de ma réalité présente, mais j’ai dû m’abandonner à ce que la vie me demandait de lâcher à tout prix. Quatre mois de nettoyage émotionnel et énergétique. Quatre mois de remise en question profonde, de brouillard, de tristesse, d’incompréhension, de confusion. J’ai l’impression de me perdre complètement. Pour me donner le courage de traverser cette obscurité, je me répète toute la journée ces deux phrases : « Après la souffrance vient l’illumination » (Yoko Ogawa) ou « Dans le vide, il y a la tout » selon la physique quantique. Car je sens au fond de moi que dans cette obscurité, une minuscule lumière tente de se frayer un chemin pour se déployer. Et plus elle grandit, plus je lâche. Plus elle grandit, plus j’accepte le vide de l’instant. J’occupe les dernières semaines qui précèdent mon voyage par de la méditation, de la marche à pied en forêt, et j’en profite pour rendre visite à mes amis mettant de côté toutes mes interrogations, persuadée qu’après le voyage, j’y verrais plus clair. Je lis plusieurs livres* sur le sujet, dûment choisi pour ne pas être trop influencée ou avoir trop d’attentes. J’ai toujours eu l’habitude d’être dans le « faire », un peu hyperactive sur les bords. Cette période m’a permis d’apprendre à être dans le présent et à ne pas me projeter au delà du voyage. Je vois ce dernier comme une porte entre mon ancien moi et mon nouveau moi. Cette porte est fermée jusqu’à mon départ. Je n’ai pas d’autres choix que de patienter le mieux possible.

LA DIETE – Ce grand nettoyage émotionnel est également accompagné d’un nettoyage interne physiologique puisque je dois commencer une diète trois semaines avant la retraite afin de libérer mon corps de toutes ses toxines et permettre une connexion plus forte avec la Madre. Traditionnellement, les chamans s’abstiennent de consommer de la nourriture épicée et très assaisonnée, des matières grasses en excès, du sel, de la caféine, des aliments acides (comme les agrumes) et évitent les activités sexuelles avant et après une session d’ayahuasca. Le régime est donc stricte puisque nous sommes invités à supprimer l’alcool, les drogues, les activités sexuelles (dont la masturbation), les
médicaments, la viande de porc, la viande rouge, le sel, les épices, le chocolat, tous les produits laitiers, tous les aliments transformés et industriels, tous les produits fermentés et macérés, les pâtes, le blé et le pain. Un aspect associé à la diète précédant une cérémonie d’Ayahuasca est celui de la pureté. Éviter ces aliments est perçu comme un moyen de calmer l’esprit et de conserver l’énergie pour le voyage intérieur. Après cette liste non exhaustive, vous vous demandez certainement ce que je peux bien manger ! Une liste d’ingrédients autorisés est affichée sur mon frigo. Je mange du riz, des lentilles, des pois chiches, des crudités, des œufs, des avocats et du quinoa. Un bon régime pour perdre quelques kilos mais pour les gourmands, cette alimentation peut paraître vraiment fade. Même moi qui ne suit pas une adepte des bons repas, il me parait parfois difficile d’apprécier ces mets sans saveur. J’avais lu que plus la diète était respectée et rigoureuse, plus le « travail » avec la Madre était profond, puissant et efficace. Alors, je la respecte à l’ingrédient près. Faire la diète est aussi une façon de montrer son respect à l’Esprit de la Madre et de se mettre en disponibilité physique pour le travail qui sera réalisé. Beaucoup des aliments que nous mangeons dans notre quotidien est un pansement émotionnel et nous empêche de ressentir les émotions présentes en nous. Le fait de faire une diète nous permet d’avoir un regard sur ce qui nous perturbe intérieurement.

LE DEPART – Le 14 avril 2022 sonne le point de départ de ma rencontre avec moi-même car la Madre a pour mission de nous reconnecter avec notre lumière intérieure. La retraite commence le 18 avril, mais nous avons décidé avec Annabelle de profiter, pendant quelques jours, de Bogota, capitale de la Colombie, pour se mettre un peu dans l’ambiance de ce pays d’accueil. Après deux ans d’abstinence, prendre l’avion est déjà une renaissance. J’ai l’impression d’être sortie de prison et de goûter à nouveau à la liberté d’être en vie : l’énergie de l’aéroport, les gens qui s’affairent pour prendre leur vol, l’attente interminable mais tellement jouissive, la carte d’embarquement telle un sésame pour ouvrir la porte de mon cœur. En quinze heures de voyage, avec une correspondance à Paris, nous partons pour notre aventure introspective et singulière.

BOGOTA – Bogota se trouve au centre de la Colombie et son altitude de 2 640 mètres fait d’elle la troisième plus haute capitale du monde après La Paz (Bolivie) et Quito (Equateur). Nous arrivons donc dans une ville montagneuse où le climat est plutôt frais, voire même pluvieux. Le jour de notre arrivée est un jour local férié, le vendredi saint qui précède Pâques, les colombiens étant, pour la plupart, des fervents catholiques. Avec une population de plus de huit millions d’habitants, nous découvrons une ville en fête. La rue principale est jonchée de centaines, voire de milliers de gens qui vendent, à même le sol, des vieilleries, de l’artisanat local, des aliments frits, des produits de beauté en tout genre. Des spectacles animent également la rue. Ca braille de tous les côtés. Une musique assourdissante me rend presque sourde. J’ai l’impression d’être dans une gigantesque braderie qui s’étend sur plusieurs dizaines de kilomètres. Je regarde tout cela avec l’émerveillement d’une enfant curieuse de tout. Je remarque que les colombiens ne parlent pas un mot d’anglais, ce qui est très complexe pour moi car je ne parle pas l’espagnol. Je me débrouille avec un petit dictionnaire acheté à la sauvette avant de partir. Un mélange de français, d’anglais et d’espagnol me permet de me faire plus ou moins comprendre. Je ressens néanmoins une petite frustration de ne pas pouvoir échanger davantage avec les personnes que je rencontre car j’aurai aimé leur poser des dizaines de questions sur leur histoire personnelle, leurs aspirations et leur vision de la vie. Mais je me contente des « Buenos Dias » et des « Gracias » accompagnés de mon plus beau sourire. Je profite pleinement de ces quelques jours de vacances. Je les vois comme un tremplin entre les quatre derniers mois de nettoyage émotionnel et les quinze prochains jours de retraite.

LA RETRAITE – Le jour J de mon arrivée à Mocoa, lieu de la retraite pointe son nez en douceur. Je me sens impatiente de débuter l’aventure et surtout de rencontrer la Madre dans ma chair. Je suis la seule à n’avoir jamais fais l’expérience ayahuasca et chaque participant de la retraite me dit que je suis courageuse de commencer par la Colombie. A croire que cette rencontre est une véritable épreuve. Je laisse passer tous ces encouragements qui me mettent un peu la pression. Je n’ai pas d’attentes particulières car je ne sais pas du tout à quoi m’attendre. Certaines personnes m’ont raconté préalablement leur expérience introspective, j’ai également lu quelques livres, mais je n’arrive pas du tout à conceptualiser cette rencontre. Je sens juste que je vais vivre quelque chose d’important pour moi. Quelque chose de primordial même pour mon avenir. Mocoa est un village de 20 000 habitants environ qui se situe à la frontière entre la Colombie et l’Equateur dans la région du Putumayo, à 1h45 d’avion de Bogota. Le climat à Mocoa est complètement différent de celui de Bogota. J’y retrouve la chaleur humide et tropicale de la Guyane où j’ai vécu sept ans. La faune est luxuriante, d’une beauté à coupée le souffle, d’un vert étincelant. La nature est reine, nous ne sommes que des explorateurs et des invités de la forêt. Je me sens toute petite, j’ai même parfois envie de me faire toute discrète, tellement je ressens la force et la puissance des arbres qui nous entourent. Nous arrivons à l’éco – auberge qui nous accueillera pendant tout le séjour. Moi qui pensais que nous allions dormir dans des malocas à même le sol, parmi les moustiques, les fourmis et les araignées, je suis un peu déçue de découvrir la majestueuse auberge au fin fond de la forêt qui nous propose de vrais lits, une piscine, une cascade naturelle et du wifi. Mais finalement je me fais vite à cette idée et je profite de ce confort pour me ressourcer en attendant la première cérémonie qui a lieu le lendemain de notre arrivée.

Nous allons vivre 6 cérémonies d’ayahuasca avec quatre chamans différents qui ont tous leur manière de préparer l’élixir. Le rythme est le suivant : 2 soirs de cérémonie, 1 jour de repos. S’ajoute à cela, la purge par le Kambo avant la première cérémonie et environ tous les trois jours pour ceux et celles qui le souhaitent. Je découvre également cette médecine purgative. La Kambo est la sécrétion naturelle de la peau d’une grenouille nommée la rainette singe et surnommée la gardienne de l’arbre. Cette sécrétion est utilisée depuis des milliers d’années par de nombreuses tribus amazoniennes pour purifier, renforcer et dynamiser les esprits et les corps. C’est un poison pour l’homme, mais le fait de s’en appliquer sur la peau une fois celle-ci brûlée légèrement en quelques points permet de nettoyer son système digestif. La première prise de Kambo est prévue le matin de la première cérémonie d’ayahuasca avant le petit-déjeuner. J’ai quelques appréhensions pour avoir lu les effets du Kambo qui sont principalement gonflement du visage, vomissements répétés, bouffées de chaleur insupportables, picotements dans le corps, perte de connaissance. Etant donné le rythme soutenu de ce qui nous attend, Vincent, notre accompagnateur, nous propose seulement quelques points de Kambo. J’ai le droit à quatre points. D’autres en font cinq, voire six. Vincent me brûle légèrement au niveau de l’épaule gauche en faisant quatre petites brûlures, comme des brûlures de cigarette. Ca picote mais c’est très supportable. C’est comme lorsque nous avons une égratignure et que nous allons ensuite nous baigner dans l’eau salée. Je dois boire près de deux litres d’eau avant de recevoir ma dose de poison. L’eau permet de purger très rapidement. Une fois les deux litres bu en quelques minutes, il applique sur chacun des points, une mixture blanche crémeuse. Il m’invite à m’asseoir en attendant les effets qui se manifestent assez rapidement. J’ai très vite une sensation de chaleur qui monte des pieds à la tête, j’ai l’impression que ma tête double de volume. Je ne panique pas. Je laisse faire le processus. La nausée arrive. Je ne vomis pas. J’attends. Les nausées sont de plus en plus désagréables. Je me sens de moins en moins bien mais j’arrive à garder mon calme intérieur. Je décide de me faire vomir. Je mets mes doigts au fond de ma gorge et sans plus attendre je purge une fois, deux fois, trois fois, quatre fois sans m’arrêter. J’arrive à peine à respirer entre deux purges. Au bout de quinze minutes, j’ai excessivement froid, je dirais même que je frigorifiée. Un gars de la retraite me prête son gilet en laine. Je me réchauffe un peu. Mon visage se dégonfle progressivement. J’ai passé la première étape. Je pars prendre mon petit déjeuner, seul repas qui nous sera servi dans la journée et j’attends avec impatience la cérémonie prévue le soir même.

Prochain article à paraitre : l’Ayahuasca, une thérapie végétale hors norme

Références :

Auteur

ghayere@yahoo.fr

Commentaires

Christelle
7 mai 2022 à 11 h 12 min

C est passionnant ! Et très courageux de ta part ! Hâte de connaître la suite pour savoir si tu es purgée de tes blocages. Te sens tu reconnectee à ton essence sacrée? Quel est l appel de ton cœur pour cette nouvelle vie? Te sens tu à ta place ? T alimentes tu différemment pour faciliter la connexion avec les différentes énergies ? 💓💕



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